septembre 12

Et l’Art équestre dans tout ça !

Dérives de l’extrémisme

Ce billet vient en réaction à des faits récents où tout le monde peut dénigrer tout le monde, bien campé sur ses positions, pouvant aller jusqu’à tenir des propos nominatifs diffamatoires et qui plus est diffusés sur « le net »…

Habituellement, je n’aurais pas « levé le nez » car relever ce genre de pratique donne une certaine importance à son instigateur qui n’en vaut pas forcément la peine. Il me semble que « manifester de l’indifférence » est plus approprié, laissant ces pratiques là où elles doivent rester… Je passe donc sur la forme, mais le fond fait se poser quelques questions et « remettre » des pendules à l’heure, ce qui est la raison principale de ce billet.

Le « commencement »

Pour faire simpliste, concernant l’équitation, s’opposent deux extrêmes avec toutes les dérives qu’occasionne l’extrémisme. Il s’agit d’une équitation orientée vers la compétition et une autre se voulant plus naturelle. S’opposent donc les cavaliers de CSO, de dressage, etc… aux pratiquants d’une équitation dite éthologique à laquelle se colle de plus en plus l’étiquette sans fer, sans mors, sans selle, et je finirai par y rajouter « sans équitation d’ailleurs » !

Pour les uns, tout se passe à grands renforts de moyens en commençant par des chevaux de qualités quasi « surnaturelles » aux prix d’achats exorbitants, et les méthodes employées pour leur dressage font souvent appel à des moyens du domaine de la maltraitance… Pour les autres, c’est le rejet, le déni de ce qui a donné une identité culturelle équestre à notre Pays en appliquant des « trucs et astuces » de nouveaux maîtres venus d’outre-atlantique, certains de leurs procédés se rapprochant plus de l’aliénation du cheval que d’autre chose.
Les deux camps s’opposent, argumentent, mettent en évidence que leurs opposants sont incultes, irrespectueux, ce qui fait que pour n’importe quel « profane », il est bien difficile de s’y retrouver.

Ressort de ces simples constats affligeants que l’on entre dans l’art de la manipulation propre à l’extrémisme. Les moyens actuels de la propagation de l’information permettent « d’imager » les arguments de chacun, et Dieu sait qu’en matière d’horreur, l’humain est très créatif ! Donc chacun y va de « la photo ou la vidéo » de Machin, de la phrase (sortie de son contexte la plupart du temps) de Bidule, tout cela pour alimenter des joutes verbales infantiles et stériles qui, vu la façon avec laquelle ces « cavalier-penseurs » s’expriment, font ressortir une évidence : l’inculture « générale », et à plus forte raison l’inculture équestre. Pour notre Pays dont la culture équestre est enviée et référencée à l’étranger, j’ai du mal à comprendre comment on a pu tomber si bas.
Par la « mondialisation » de l’équitation via la compétition, ou par le rejet de l’héritage des écuyers de la Renaissance à nos jours, il y a un point commun : l’inculture équestre ; et cela tant d’un point de vue du savoir que du savoir faire, car il faut bien être conscient qu’en matière d’équitation, s’il ne s’agit pas d’être inculte, il faut avant tout savoir faire. Ce qui laisse supposer que les « donneurs de leçons » soient capables de savoir faire, de montrer en situation ce qu’ils critiquent. C’est tout du moins de cette façon que mes « Maîtres d’équitation » ont pour toujours mon plus grand respect d’avoir su m’expliquer et me montrer ce qu’ils m’enseignaient sans oublier que ce qu’ils m’ont appris m’était indirectement destiné : le principal bénéficiaire de leur savoir était, est et demeure le cheval dans son emploi en privilégiant sa longévité. Sans oublier le fait que les chevaux dont ils n’ont pas su valoriser les qualités ont été, dans la transmission de leur savoir, des « points clefs » de mise en garde quant à la généralisation de « méthodes » de travail. En bref, c’est ainsi que j’ai découvert l’humilité d’Hommes de Chevaux, humilité qui s’est évaporée devant l’étalage de critiques et grands conseils de cavaliers d’ordinateurs ou de bibliothèques la plupart du temps incapables de montrer quoi que ce soit de « regardable » à cheval (peut-être devraient-ils passer plus de temps à pratiquer au lieu d’écrire, ce qui, à priori, permettrait de progresser…).

L’Art Équestre et l’Equitation de tradition Française

Au plus simple, l’Art Équestre consiste à maîtriser des savoirs et des savoir-faire qui permettent de régir les forces du cheval. C’est ainsi que le général L’Hotte s’exprime, et il ne me semble pas qu’il y ait matière à polémiquer sur sa définition ! Ce qui met en avant qu’il ne s’agit pas en premier lieu d’expressions artistiques, sans qu’elles soient exclues pour autant.

L’Art Équestre, dans l’Equitation de tradition Française, consiste à donner l’illusion de ne rien faire pour renvoyer l’image du cheval qui manie « comme de lui-même ». C’est ce qui, à l’étranger, est nommé comme étant « la difficile facilité » ! Cela évoque le fait que le cheval se tienne seul, sans soutien des aides de son cavalier, et que l’emploi de ces aides soit si discret que les Anciens les nommaient comme étant des « aides secrètes ». Un des points clefs de cette pratique se situe dans le rapport entre la main et la bouche du cheval : c’est la mise en main. Il est évident que pour qu’un cheval manie dans la descente des aides, celui-ci obéisse à la main parce qu’il la respecte, et non parce qu’il la craint et il en va de même pour son cavalier. Ce qui implique aussi que le cheval soit embouché ; et oui, il va falloir mettre un mors dans la bouche du cheval ! Pour ceux qui voient là un acte de barbarie, je leur rappelle qu’il ne peut y avoir de « dialogue » entre la main et la bouche du cheval par des actions fines, souples et liantes sans une mise en selle digne de ce nom… En effet, sans cette stabilité indispensable du cavalier en selle, aucune action fine, légère, appropriée, opportune, n’est envisageable. A ces cavaliers-critiques, qui souvent tiennent difficilement sur le dos de leurs chevaux sans les gêner, je ne peux que les inciter à continuer à monter … sans mors, c’est le plus sûr moyen de ne pas offenser la bouche de leurs chevaux. Mais qu’ils n’oublient pas de réfléchir à « l’outil » qui leur donnera bonne conscience : le licol « éthologique » à la mode (à titre d’exemple car de plus en plus souvent employé, d’autres « outils » peuvent être employés sans qu’ils n’agissent directement dans la bouche du cheval) est bien plus contraignant qu’il n’y paraît. Son action se répercute sur la nuque, et par conséquent en demande l’abaissement ; à moins que le but recherché soit de mettre le cheval « sur les épaules », cela me semble inapproprié ! Pour résumer, il ne peut y avoir de « dialogue » entre les aides du cavalier et son cheval sans une mise en selle soignée : le cavalier doit être « emboîté » dans son cheval (citation de Jean-Marie Donard, ancien écuyer du cadre noir). Je me sens « moins seul », en entendant ses propos qui exposent le fait que tout le monde peut amener son cheval à un niveau de dressage qualifié de nos jours de « basse école ». Il y a donc matière à s’interroger sur le fait qu’il y en ait si peu qui atteignent ce stade, et je ne crois pas qu’en polémiquant sur le contenu de notre patrimoine culturel équestre, il soit possible d’inverser la tendance. La pratique de l’équitation dans le but de pratiquer la compétition occulte et dénie notre culture… ou formulé différemment, un forme de « mondialisation » de l’équitation via la compétition fait que nous y perdons notre identité équestre qui ne sera bientôt plus que du domaine de la mémoire à ce rythme d’appauvrissement.

Ce billet, tout compte fait, est plus proche du « coup de gueule » qu’autre chose, ou simplement un signal d’alarme, à plus forte raison de nos jours où l’équitation de tradition Française est référencée à l’UNESCO ! Elle n’a rien à voir avec le « rollkur », et rien non plus au fait de vouloir faire du cheval un animal de compagnie qui, dans ses apprentissages, ne sortira pas de « l’école primaire » tout en ayant les facultés de faire des « études supérieures » !

 



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Ecrit 12 septembre 2014 par Sylvain BEAULIEU dans la catégorie "infos

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