septembre 19

Equitation… ou pas !

Monter à cheval, ou ….prendre ses responsabilités !

Monter à cheval est avant tout une affaire de « pratique », c’est indiscutable! Mais… Comme toute activité d’ordre pratique, de solides connaissances d’ordre théorique s’avèrent indispensables, et en priorité une bonne compréhension du cheval. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il faille le rappeler, il me semble que de la Guérinière expose ce fait au milieu du 18ème dans son traité « Ecole de Cavalerie ». Pour devenir un bon Homme de cheval, il faut aller à l’école (académie) pour y acquérir des connaissances théoriques et pratiques.

Sans un minimum de connaissances sur le cheval, il me paraît effectivement bien difficile de s’en faire comprendre, car, à bien y regarder, l’équitation est en priorité une affaire de comportement, de relation, d’échanges, de communication entre deux espèces vivantes qui, à la base, n’ont que peu de choses en commun… bref, s’en faire comprendre demande donc de la part du cavalier de savoir comment le cheval « communique » avec ses congénères, et de chercher à communiquer avec son cheval de la façon la plus proche possible de ce qui lui est naturel. Ce n’est pas au cheval d’apprendre à s’exprimer en « humain », c’est à l’homme de s’adapter au mode de communication du cheval. Je pense que lorsque l’on s’éloigne de ce principe, la communication en question est plus proche du dressage de cirque et autres réflexes de Pavlov… c’est à dire un « conditionnement », ce qui éloigne du fait que par l’échange l’empreinte identitaire de chacun puisse avoir la possibilité de s’exprimer. Sans oublier qu’au contact de l’homme, le cheval va subir des modifications importantes tant d’un point de vue environnemental que « social », etc…

Intégrer le cheval dans notre vie nous rend responsables de ses conditions de vie et d’emploi : le cheval, en règle générale, ne vit plus à l’état sauvage, les espaces qu’il occupait ayant été colonisés par l’homme ou étant en passe de le devenir. C’est donc à l’homme qu’il appartient d’être responsable, de créer des espaces où le cheval puisse retrouver des conditions d’hébergement les plus proches possibles de ses besoins naturels. Là, je laisse à tout un chacun le soin de réfléchir sur le sujet… qui amène à prendre en considération notre façon de les traiter pour qu’ils soient à notre disposition… Nous sommes donc responsables des conditions de vie « artificielles » que nous imposons à nos chers compagnons! Il y a déjà là bien de la « matière » à s’interroger sur ce qui est acceptable ou non d’un point de vue des conditions d’hébergement dans lesquelles nous confinons nos chevaux, qui sont plus proches de l’univers carcéral qu’autre chose .

Et jusque là, il n’a été question que de l’hébergement du cheval, pas encore de son emploi! J’en arrive donc à l’équitation à proprement parler.

L’équitation. Mais de quoi s’agit-il ?

Au plus simple, il s’agit de conduire le cheval sous les directives de l’homme. Ce qui implique que le cheval soit obéissant, soumis. Dans ces mots résonnent une forme de contrainte, de difficulté vaincue, etc…, bref, l’emploi de ces termes à notre époque n’a plus le même sens qu’à la Renaissance ou sous l’Ancien Régime ! Ce qui a pour effet d’opposer des « clans équestres » ne débouchant la plupart du temps sur … rien, si ce n’est sur des palabres interminables et stériles! A ceux-là, je ne peux que leur conseiller d’employer cette énergie à acquérir de la pratique au lieu de polémiquer ! Et là, il n’est question que d’une équitation « courante », pas encore d’Art Équestre!

De nos jours, l’emploi du cheval n’est plus que dans de très rares cas du domaine « utilitaire ». Il est entré dans le domaine des loisirs, et cela inclut la compétition et ses dérives; en effet, si l’on aborde le milieu de la compétition, il devient évident que le cheval devienne un athlète avec l’entraînement que cela implique. Je ne peux passer sous silence que dans le règlement de la FEI est apparu la notion « d’athlète heureux », ce qui laisse penser que si ce point a été mis en avant, c’est qu’a du être constaté qu’il ne l’était pas forcément…
Quant aux procédés d’entraînement, de plus en plus d’associations de protection animale soulèvent des abus, voire pour certains pays, font créer des modifications ou des aménagements d’ordre législatif sur l’emploi des chevaux. Comme quoi, la compétition et les enjeux financiers qui s’y rattachent ne sont pas forcément en rapport avec les grands principes de « respect du cheval » mis en avant à notre époque, etc… Bref, nous avons des règlements qui ne sont pas respectés sans que cela ne gêne personne, ou si peu: on voit toujours des gens s’extasier devant les bienfaits du rollkur en dressage comme de l’aliénation dans la pratique d’une équitation dite éthologique ! Pourtant, ce fameux règlement établit au début du 20ème siècle par le général Decarpentry et le baron von Holzing avait pour but de faire perdurer et transmettre … Oups! Force est de constater que là, c’est un échec, quand bien même cela partait de bonnes intentions. A l’époque, les chevaux dressés étaient de qualités naturelles « modestes » et le niveau de leur dressage en rapport avec le talent des hommes de chevaux qui les avait dressés. Petit à petit, l’argent s’est immiscé dans le milieu de la compétition … laissant un goût amer quant au devenir de l’Art Équestre où là, il n’est plus seulement question de l’emploi du cheval, mais de l’art de régir les forces du cheval, de lui faire acquérir des qualités qu’il n’avait pas naturellement. Et ce en respectant, en composant avec ce qu’il est, et non en le voyant tel que l’on voudrait qu’il soit! Les éleveurs ayant bien fait leur travail de sélection, de plus en plus de chevaux se voient dotés de qualités extraordinaires qui ne demandent pas autant de compétences pour les dresser que des chevaux de conformations médiocres, comme c’était le cas à la naissance de la FEI ! Il faut bien reconnaître que de nos jours, nos plus grands cavaliers compétiteurs de renommée mondiale seraient bien dans l’embarras s’ils devaient dresser les chevaux disponibles dans les années 20. Non pas qu’ils n’aient pas de « talent », pas de « compétences », mais que les compétences requises pour ce genre de « pratique » sont passées dans le domaine de l’oubli, tout du moins pour la majorité d’entre eux. Et c’est normal, ces compétences ne leurs sont d’aucune utilité pour répondre aux critères de jugements qui vont permettre de les classer.

Ce n’est pas pour rien qu’un ancien écuyer en chef exposait le fait qu’il ne trouvait rien de plus délectable qu’un cheval « commun » qui se livre totalement dans l’intimité du manège, approchant chaque jour un peu plus l’équilibre parfait dans des allures parfaites sous des aides inexistantes… Utopie? Certainement pas, et il suffit de voir un cavalier dans cette situation pour comprendre qu’il ne partage rien, mais alors vraiment rien avec les exigences des observables du juge de dressage. La flexibilité ne se comptabilise pas sur une échelle de 0 à 10, elle se ressent, elle évolue, elle est intimement liée avec la connivence instaurée entre les « deux parties », elle est de l’ordre de l’intimité du couple, elle est éphémère car directement liée à un climat « émotionnel » qui fait qu’aucune technique ne saurait l’obtenir dans sa forme la plus pure, c’est à dire imageant le principe du « cheval rendu facile et agréable à monter », comme s’il « maniait de lui-même »… Pour aller au bout de l’idée, je dirais qu’elle ne se monnaie pas ! Là, tout est dit, ou presque : cet état d’esprit fait partie intégrante de notre culture équestre nommée « Equitation de tradition Française » qui ne peut être évaluée, mesurée à une autre forme d’équitation imageant une culture ! Et pourtant, ces critères apparaissent clairement dans le règlement de la FEI… sur lesquels sont érigés des échelles de notation.

Alors, équitation ou pas ? Et la tradition dans l’équitation ?

Une réponse de normand pointe à l’horizon! Allons au-delà.
S’il s’agit d’obtenir à tout prix, mieux vaut se mettre « au tricot », ou tout du moins s’abstenir d’approcher les chevaux, et encore moins de les manipuler.
S’il est question de composer en acceptant les différences de l’autre, et de « faire avec » dans le but exclusif de le « sublimer », tout est envisageable. Un point particulier ressort de ça : il y a, dans l’équitation de tradition Française, cette recherche de « stylisation » des allures, une forme de « don de soi » au service de cette espèce qui a connu son apogée sous l’Ancien Régime au sein de l’école de Versailles. Au 19ème, les techniques ont évolué par l’intérêt porté à des races de chevaux qui n’avaient pas les même qualités naturelles qu’au siècle précédent, mais le but était resté le même, permettant à Baucher d’être le génie qu’il fut. Ce qui fait que si Baucher fut interdit au sein de l’école de cavalerie, il n’en demeure pas pour autant exclu de notre tradition, bien au contraire. De nombreux « concepts » bauchéristes demeurent dans notre équitation contemporaine. Comme quoi, l’école de cavalerie n’a pas toujours eu, loin s’en faut, pour rôle de conserver notre patrimoine culturel équestre.
C’est en voulant faire entrer l’équitation dans la compétition que l’Art équestre s’est appauvri, les savoirs et savoir-faire étant détournés de leurs objectifs primaires : de l’abnégation nécessaire à l’épanouissement du cheval sous la selle de l’homme, le cheval s’est vu transformé en véhicule de son égo pour le transporter sur les marches des podiums…

Cette tradition fait partie intégrante de notre identité équestre, et nous en sommes les héritiers. Comment peut-on être inculte à ce point, renier cet héritage, refuser la succession ? Qui plus est, bafouer cette forme aboutie de la relation établie entre les deux espèces, et de nos jours sous le couvert d’incompétences en mettant en avant que la tradition s’est faite sur des pratiques barbares. Faut-il être de mauvaise foi pour occulter les propos de Pluvinel (1623) exposant l’état d’esprit avec lequel il conçoit le dressage des chevaux dont « …la gentillesse est comme la fleur sur le fruit, laquelle ôtée ne retourne jamais… ». Il ne me semble pas qu’il y ait là une volonté de maltraiter les chevaux pour les dresser…
En refusant cet héritage, en le dilapidant, en le détruisant, nous ne faisons qu’offenser ceux qui ont tant œuvré POUR le cheval, qu’il s’agisse de son dressage comme de sa préservation. Nous sommes responsables de cette transmission, héritiers d’une part, et emprunteurs sur l’héritage des générations à venir. Nous avons le devoir de le faire perdurer à défaut de l’améliorer, et de le transmettre intact ou complété aux générations futures. Pour aller un peu plus loin, il s’agit bien plus d’une « offense à nos pères », mais pire encore en refusant notre passé, en reniant ce sur quoi nous nous sommes construits.

Devient évident que l’équitation actuelle (associée à la compétition ou à vouloir faire du cheval un animal de compagnie) doit être dissociée de l’Art équestre, les idées de fond étant par trop antinomiques. L’une est devenue une « affaire de porte-monnaie », l’autre d’idées philosophiques dont les courants ont évolué depuis la Renaissance.
Au sein de cette belle école qu’est l’ENE, plusieurs missions lui sont assignées dont la compétition, mais aussi le maintient et la transmission de cette tradition. Doivent donc être dissociées explicitement ces missions, car elles n’ont pas de point commun contrairement à ce que souhaitaient les créateurs du fameux règlement de dressage de la FEI dont bien des articles sont totalement occultés voire bafoués. Quand au fait que le « fleuron » de l’équitation fasse parfois le show lors des grandes compétitions mondiales, là je pense aux jeux équestres mondiaux de cet été, je ne peux que rester subjugué par la malhonnêteté des commentaires qui ont pu être lus, entendus, suivis par des millions de personnes : comment se peut-il que personne ne réagisse quand l’image montre un cheval fermement tenu (je me limiterai à cette expression pour ne pas sombrer dans une grossièreté colérique…) et son commentaire nous disant que c’est l’équilibre parfait dans la légèreté ? Faut-il que la compétition essaie de mettre en son sein cette équitation de tradition Française dont les trois composantes sont l’impulsion, la grâce et la légèreté, composantes qui, lorsqu’elles sont réunies, sont sanctionnées par les juges dont les critères de jugement sont par conséquent contradictoires.
Non, ce qui est présenté ne renvoie pas ces trois points et les juges en sont les premiers fautifs, puisque ces composantes sont répertoriées dans les articles du règlement sur lequel ils s’appuient pour établir leur jugement. Ou alors, nous ne parlons pas de la même chose… Les deuxièmes fautifs sont les gens qui forment le public et comme chacun sait, les applaudissements du public ne traduisent pas forcément quelque chose de sain. Si je souhaitais être condescendant, je ferais une image avec les exigences du « bon peuple » : du pain et des jeux… Là, il n’est pas question de courant philosophique !

Ressort de ces quelques paragraphes qu’il y a matière à s’interroger sur l’évolution de nos pratiques équestres, avec des retombées non négligeables sur toute la filière professionnelle équestre. Tant que tout se passait en « vase clos », puisque la majorité des formations transitent par l’ENE, il y avait moyen de minimiser l’impact des diverses dérives. A l’heure de valider le renouvellement de son accréditation à l’UNESCO, le contenu du dossier doit être la description fidèle de la réalité… et il devient évident que cet héritage culturel équestre doit être présent au sein de cette école. Il ne peut s’agir d’une parodie, mais d’une vraie maîtrise, d’une pratique explicite des principes, des dogmes, de la doctrine qui font de notre équitation « l’équitation de tradition Française ». Et cette forme d’équitation ne peut pas côtoyer les dérives de la compétition. Il y a, au sein de cette école et de façon plus générale, en France, des écuyers qui ont su préserver, entretenir, transmettre ces particularités qui ont fait référencer ce patrimoine culturel à l’UNESCO. Préservons-le, développons-le, ne laissons pas cette richesse entrer dans le domaine du passé tant elle demeure d’actualité ! Par l’Art équestre, au service de l’équitation de tradition Française, est né un savoir-faire extraordinaire permettant de mettre en valeur, de rendre perçant, bref, de chercher à « parfaire la nature » de l’animal qui nous rassemble tant de gens : le Cheval,  cela mettant en évidence notre identité culturelle équestre. Conservons-la et développons-la !

Je ne saurais trop dire, pour conclure :

A tous les Hommes de chevaux, à vos rênes et au travail!



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Ecrit 19 septembre 2014 par Sylvain BEAULIEU dans la catégorie "infos

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